Pour marquer la fin de la “semaine tout courts”, l’association Unividéo nous propose “courts en fac”,
une soirée riche en émotions. Sept courts métrages, réalisés par des étudiants et sélectionnés dans
toute la France, sont en compétition afin de remporter le prix du jury (le Grand Michel) et/ou le prix du
public (le Petit Michel). Dans cette soirée soirée du cinéma franchouillard, le Michel remplace l’Oscar.
Les quatre premiers films semblent évoluer autour d’un point commun: la folie. Effectivement, dans
“The Disappearance”, une jeune fille isolée dans la campagne suce des cailloux avant de se décider
à partir et à oublier son malaise. Le plongement dans cet univers est assez dur, la fin arrive comme un
cheveu dans la soupe. Ne serait-ce pas là l’effet voulu?
“Alternatives” témoigne d’une folie plus explicite. Un homme complètement perdu dans une sorte d’hôpital
psychiatrique a des visions de femmes. L’espace, rendu surnaturel par la lumière, accentue la démence de
cet homme qui ira jusqu’à cracher du sang avant d’avaler un drôle de cachet. Serait-ce la voie de la guérison ou
plutôt celle du suicide?
L’ambiance noire et malsaine due aux deux précédents courts métrages est détendue lors de la projection de “Tenth”.
Deux êtres complètement allumés, enfermés dans un cube, cherchent à communiquer. Cette poésie des comportements
enfantins des personnages a su séduire, pas étonnant de voir le prix du public attribuer à “Tenth”. Le visuel (jeu d’ombres,
gestuelle des corps) contribue à apporter cette pointe d’humour à ce court métrage très touchant.
“Les mémoires de Faust” situe l’intrigue en 1880 à Paris. Tel un témoignage du sorcier illusionniste qu’était Faust,
ce film relate le moment où celui-ci avait acheté un livre de magie alors qu’il n’avait plus un sou.
Ce ne sont alors que malheurs qui s’en suivent. Sa femme devient malade, et il ne peut plus supporter
la lumière. L’histoire est finalement assez creuse, et ne possède pas vraiment de chute. On a seulement
l’impression de voir un minime épisode d’une longue série.
Dans un tout autre genre, “Affaires de femmes” nous transporte au Bénin où le petit commerce est
assuré par la gente féminine. Sous forme d’un documentaire, on découvre, à travers des scènes de
la vie quotidienne de la population béninoise, les clichés malheureusement réels de la femme soumise
à l’autorité masculine. Les hommes ne souhaitent pas voir les béninoises à des postes jugés trop
compliqués pour elles. Ainsi, elles se retrouvent sur le marché pour gagner leur vie.
Malgré un désaccord du jury, le Grand Michel fut décerné à Thibault Arbre pour son film “Aurores Bauréales”.
Dans une suite interminable de flash-backs, deux adolescents (un garçon et une fille) font le point sur leurs
moments passés, puis sur leur rencontre. Dans ce monde onirique, le son et l’image sont merveilleusement
bien travaillés et donnent un côté insolite au film. Soudainement, une grosse rupture balance la scène de
passion amoureuse dans une ambiance sombre et tragique. Le dur retour à la réalité est vraiment fatal ici.
Le malaise des adolescents est au summum: le suicide viendra à bout de toutes ces rêveries inutiles.
D’un point de vue tout aussi sinistre, “l’âge moderne” évoque l’histoire d’un couple à la dérive. Lui, il se
défonce le crâne le soir (jusqu’à l’hallucination) avec ses amis. Elle, elle l’attend sagement au foyer
conjugal. Un jour, ça dérape, le femme prend une balle dans le ventre après une violente dispute.
Le plateau de tournage apparait alors, les acteurs se dispersent, seul l’homme reste paralysé au milieu
de la scène. Le mur entre personnage et acteur semble ici s’effondrer.
Après une entracte, Unividéo nous propose de visionner un court métrage hors compétition,
“La place du mort”. Ce film d’animation, malgré son ton malicieux, est avant tout très noir.
Albert, un dentiste, en retard à son travail provoque un gros carambolage sans s’en rendre
compte. L’esprit de vengeance des victimes auront-ils raison de lui?
Pour clôturer cette sublime soirée, un one man show prend possession de la scène.
A l’aide de ses instruments (guitares et synthé) il nous confie son rêve de devenir rock star,
ses critiques des clichés cinématographiques, de l’intello asocial, des chanteurs français bidons…
Il essaye de créer un contact avec le public. Cependant, son humour est parfois un peu lourd et
le rythme lent. Mais cela s’annonce très prometteur pour son avenir au stade de france (comme
il nous l’annonce).
Rien de tel qu’un pot offert par l’association Unividéo pour finir cette soirée en beauté. Ah, des
soirées comme ça on en veut tous les jours!