Soltitude
Tout commence par une vidéo silencieuse. Une jeune femme mélancolique avec un fruit collé à la tempe, comme une tentative absurde de suicide. S’il y en a un que ça agace, c’est bien sa conscience qui cherche par tous les moyens à lui redonner la joie de vivre. Il (la conscience) convoque alors la mémoire, flanquée de son accordéon magique, pour trouver dans ses souvenirs un moment heureux.
Franchement, au début, je me suis dit que ça ne sentait pas bon. Avec des idées comme ça, on est à peu près sûr de se planter. Mais en réalité, c’est frais, c’est drôle, parfois mélancolique, souvent absurde, toujours juste.
Les souvenirs font écho à ce que l’on a tous vécu un jour : le repas de famille insupportable, avec ses histoires malsaines, ses reproches sous-entendus, ses ennuis mortels. L’angoisse des gares vides, la peur de se retrouver seul, les rêves qui deviennent cauchemars… Toutes les scènes évoquent des moments de vie universels. Mais il s’agit pas ici de rappeler ce que tout le monde ressent : tous les souvenirs sont retravaillés, utilisent le chant, la danse et le théâtre pour les mettre à distance et faire de la banalité de ces scènes des moments uniques. On est à la fois complètement cette Sole plongée dans la soltitude et en même temps on ne l’est jamais tout à fait.
La fraicheur des comédiens, et la qualité d’écriture de la pièce nous font passer un très bon moment de théâtre où l’on rit souvent. Mais derrière ce rire, derrière la banalité, se cachent toute la mélancolie de notre existence. Grâce à la dizaine de comédiens, la soirée se termine pour nous comme après la vision d’un film de Michel Gondry : on est tout à la fois dans la remomération de ses souvenirs tristes, absurdes ou mélancoliques, et dans une certaine joie de se dire que rien ne vaut la vie.
Mathias