Grand plongeon dans les songes d’un couple qui semble ne
jamais s’être compris. Avant même le début de la représentation,
Pierre se torture l’esprit, perdu dans ses pensées. La scénographie apparait
comme un espace mental (jeux de miroirs, lumière blanche/verte étrange,
palissade blanche intrigante). Cela impose un silence glacial dans la salle.
C’est une voix off qui rythme la pièce à grands coups de questions visant à
élucider la cause du meurtre d’une femme sourde et muette (Marie-Thérèse),
retrouvée découpée en morceaux dans plusieurs trains. Cette voix sur laquelle
on ne peut mettre de visage est dérangeante. Qui est-ce? Un juge, un policier,
un psychiatre ou bien la voix intérieure du personnage? La voix interroge la
personne reconnue coupable (Claire) après s’être intéresser au cas de Pierre
(mari de Claire). Petit à petit, le public et la voix ne font plus qu’un: ils adoptent
le même point de vue face aux personnages (la voix provient de derrière les
spectateurs), ils dominent et inspectent la scène, la voix pose des questions
pertinentes qui auraient pu être celles formulées par les spectateurs afin d’en savoir
plus sur la situation.
Après avoir interprété (semble-t-il) le moi féminin de Pierre, la comédienne rentre
dans la peau de Claire, cette jeune femme atteinte de folie qui aurait tué Marie-Thérèse
dans une cave. Ne se rappelant plus elle-même des détails de l’affaire, c’est en prison
qu’elle est interrogé. Claire aurait accompli le rêve qu’avait fait son mari quelques jours
auparavant.
Le foisonnement de détails de l’intrigue additionné au ton monotone des comédiens donne
un rythme assez soporifique. Mais cela est très pertinent et permet d’instaurer ce climat
troublant et gênant du service psychiatrique d’une prison. L’enfermement final de Claire dans
sa propre folie est fatal. On en ressort quelque peu débousselé.