Au-delà de la farce (à laquelle j’ai toujours un peu de mal à adhérer), trois plongées dans la complexité de la nature humaine et de son fonctionnement … Trois confrontations entre des personnages dont les caractères peuvent paraître poussés à l’extrême, mais qui se révèlent pleins d’ambiguïtés et de contradictions comme nous tous.
Dans « La Demande en mariage » et « L’Ours », chacun semble au début très sûr de lui-même, de son rôle et de son objectif : faire sa demande en mariage, revendiquer la propriété d’une terre, réclamer le paiement d’une dette, honorer un veuvage en se coupant du monde. Mais dans la confrontation avec l’autre, l’humain se modifie, se métamorphose même, et progressivement les situations se retournent. De l’amour à l’exaspération puis à la haine, du duel au baiser … Ces êtres si peu maîtres d’eux-mêmes, pris d’étourdissements ou de spasmes, incarnent notre faiblesse.
Entre ces deux pièces qui se font écho, « Le Tragédien malgré lui » met en lumière un autre de nos traits : notre irrémédiable solitude, étroitement liée à notre profond égoïsme. Un homme épuisé, fourbu, exténué, s’ouvre de ses malheurs à un ami : il lui raconte avec une verve extraordinaire (merci à Patrick Pineau pour ce quasi monologue époustouflant) les calamités qui s’abattent sur lui, notamment les multiples achats que tous le chargent de faire. Mais finalement, cet « ami » qui paraissait écouter avec compassion son récit le prie à son tour de transporter des colis supplémentaires, ne tenant compte que de son propre intérêt. Tchekhov semble nous dire avec une grande lucidité : ne vous faites pas trop d’illusions sur les capacités d’empathie d’autrui, ni sur les vôtres …
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